La croisée des destins

 

Chapitre 10 : Décisions

 

 

            Comme Antoine nous l’avait promis, Charles et lui, après le repas, nous mena à l’écurie, pour nous montrer nos montures, à Léa, Leslie et moi. Mafioso, était un vieil appaloosa (blanc et tacheté) qui convint tout à fait à Leslie. Boréale était un beau quater horse à la robe crème (proche du beige). Solstice occupait le dernier box de l’écurie. C’était un jeune et fringant quater horse à la robe blanche comme neige (contrastant avec la robe d’un noir charbon d’Éclipse, ou Illusion), à la tête expressive et intelligente.

 

            “- C’est l’un des meilleurs chevaux de travail qu’on a ! P’pa en est très fier ! me glissa Charles. Solstice est peut-être très jeune, mais il est intelligent et il apprend vite ! Il est très prometteur ! C’est un plaisir de le monter. Il te plaît ?

 

             - Oh, oui, très ! Il est magnifique !

 

             - Cependant, autant que je te prévienne tout de suite ! Il a un drôle de caractère ! Il tient ça de son père,....

 

             - Illusion, je parie ?

 

             - Exactement. Illusion est un sacré Don Juan. Aucune barrière ne l’arrête, ni aucune jument d’ailleurs !

 

             - D’accord....! En tout cas, il contraste franchement avec son père ! Mais autant Illusion est dangereux et intraitable autant Solstice, une fois habitué à son cavalier, est doux et agréable !

 

             - Pourtant...! Il n’a pas l’air si agressif !” remarquai-je.

 

            En effet, depuis un moment, il tendais la tête vers moi et je lui caressais la tête. il paraissait particulièrement affectueux.

 

            “- Eh ben ! Il t’a vite accepté lui ! C’est à croire que ce que papa disait sur toi était vrai ! Tu as vraiment un don ! commenta Charles.

 

             - Bon, demain, on vous initie à la monte cow-boy ! intervint alors Antoine.

 

             - Au fait, quand commence la transhumance ? se renseigna Léa.

 

             - On part la semaine prochaine ! répondit Charles. Il faut ramener les vaches ici, pour le marquages, avant les grosses pluies d’été ! Et, de plus, c’est la meilleure période pour marquer les Bouvillons. Ils sont à âge où ils sont ni trop faibles, ni trop costauds, vous devriez vous en tirer avec eux !

 

             - Ah, d’accord !

 

             - Mais on vous expliquera comment faire, le moment venu ! nous rassura Charles.

 

             - Bon, on ferai bien de rentrer ! Nous, on se lève tôt, demain ! lança Antoine.

 

             - On va en ville, à une vente aux enchères ! expliqua Charles. P’pa veut acheter de nouvelles juments !

 

             - On peut venir avec vous ? demandai-je.

 

             - Si ça vous dit, pourquoi pas !

 

             - Génial ! On part à quelle heure demain ?

 

             - Vers quatre heure du matin ! répondit Antoine. Ca vous tente toujours ?

 

             - Bien sûr ! Moi, j’suis une lève tôt ! assurai-je.

 

             - Oui, c’est vrai ! approuva Charles en riant. D’ailleurs, qu’est-ce que tu faisais dehors à une heure du matin, hier ?

 

             - Jouer avec Éclipse ! D’ailleurs, il a bien aimé ! Pour l’occuper, il faut que je passe beaucoup de temps avec lui !

 

             - Jusqu’à passer toute la nuit avec lui ?

 

             - Non ! Quoique, en y réfléchissant bien...!

 

             - Arrête Cécilia, ou il faudra vous marier, tous les deux ! intervint Charles, en riant.

 

             - Bon, allez, on rentre !” ordonna Antoine.

 

            Obéissants, Charles, Leslie Léa et moi sortîmes de l’écurie, suivant Antoine. Mais là...

 

            “- Rentrez, j’vous rejoindrai ! lançai-je soudain.

 

             - Où tu va ? s’étonna Léa.

 

             - Voir un truc !” répliquai-je en partant en courant vers l’écurie, avant que quiconque ait pu m’arrêter.

 

* * * * *

 

            Le “truc”, je comptais le trouver près de mes chevaux. je filai vers les écuries et m’engouffrai dans l’écurie, que nous venions de quitter. Cette fois, je m’arrêtai au premier box, où la tête vive et intelligente de Casiopée se tendit vers moi, alors qu’elle hennissait doucement.

 

            “Salut ma belle ! murmurai-je. Ca va ? Tu as l’air en grande forme, malgré la petite chasse de tout à l’heure ! Tiens, j’t’ai apportée une carotte ! ajoutai-je en en sortant de ma poche. Dis-moi, Casio ! remarquai-je, au bout d’un moment, en caressant l’encolure de la jument. Tu crois que tu serait capable de retrouver un troupeau de chevaux sauvages ?”

 

            La jument hennit doucement, comme pour me rassurer.

 

            “- Je savais que je pouvais compter sur toi ! remarquai-je, en souriant. Tu n’est pas ....!

 

             - J’m’en doutais !”

 

            Je sursautai et, me retournant d’un bond, je me retrouvai nez à nez avec...Charles.

 

            “- Charles ? m’exclamai-je, avec colère. Ca va pas ou quoi ? Ca te prend souvent de faire peur aux gens comme ça ? Et pourquoi tu m’a suivit ? Et arrêtez de vous mêler de mes affaires !

 

             - Oh ! Doucement ! répliqua mon cousin, en reculant légèrement. Laisse moi m’expliquer, au moins.

 

             - Ben vas-y alors, avant que je t’étrangle ! bougonnai-je.

 

             - Bon, je t’ai suivit parce que je savais que tu n’obéirai pas à mon père, en ce qui concerne Illusion, et il semble que je ne m’étais pas trompé ! Mais, je pensais que tu aurais profité de notre absence, demain, pour le faire.

 

             - Ouais, bon, viens en aux faits !

 

             - Ben, te connaissant comme je te connais...

 

             - Vide ton sac, j’ai pas que ça à faire, moi ! m’écriai-je.

 

             - Ben, je savais que tu ferai tout ton possible pour retrouver le frère d’Éclipse ! Alors,...

 

             - Tu va me cafter, c’est ça ?

 

             - Euh...! Non !

 

             - Pourquoi ? m’étonnai-je.

 

             - Pas si tu me laisse t’accompagner !”

 

            Je restai stupéfaite. Je ne m’attendais pas à une telle requête.

 

            “- Tu veux m’accompagner ? m’étonnai-je, légèrement méfiante. Pourquoi ?

 

             - Ben...! expliqua mon cousin, embarrassé. Pour plusieurs choses ! D’abord pour veiller sur toi, et ensuite pour voir de près Illusion !

 

             - D’accooord ! Tu es incorrigible ! lançai-je en éclatant de rire. Bon, si tu veux, mais ça restera un secret entre nous, d’accord ?

 

             - Pas de problème ! assura-t-il en souriant. Bon, on rentre ?

 

             - Attends, j’vais voir Éclipse !”

 

            Sur ce, mon cousin sur mes talons, je partit vers l’extrême droite des box et m’arrêtai devant celui où était installé mon étalon. Celui-ci, hennit également en me voyant et délaissa le foin qu’il était occupé à manger.

 

            “- Et il est en pleine forme en plus, malgré son escapade de toute à l’heure ! marmonna Charles.

 

             - Il est endurant ! Les Anglo-Arabes sont très sportifs !

 

             - Oui, d’ailleurs, c’est ce qui m’étonne car Orage n’est pas un anglo-arabe, en tout cas, pas aux dernières nouvelles, et pourtant, elles a transmis, à ses deux fils, du sang anglo-arabe et pourtant, ils n’ont pas le même père.

 

             - Le père d’Éclipse est un anglo-arabe ! Tu es sûr que le père d’Illusion n’était pas un anglo-arabe ? Il est né dans le troupeau ?

 

             - J’en sais rien ! Mais, c’est vrai, maintenant que tu le dit, je ne crois pas que Vampire soit né dans le troupeau ! Mais, aux dernières nouvelles, il serait mort ! On n’a plus retrouvé de piste de lui, depuis que Illusion est devenu chef du troupeau !

 

             - Ah ! Mais ça ne veut rien dire ! Un étalon détrôné est exclu du groupe et erre en solitaire ! remarquai-je, une main posée sur l’encolure d’Éclipse.

 

             - Je le sais ça ! Mais il s’est vraiment évaporé dans la nature ! On ne sait pas ce qu’il est devenu ! Et...bon ! On ferai bien de rentrer ! On mettra au point notre “balade”, une autre fois, d’accord ?

 

             - Si tu veux ! approuvai-je en souriant. Bon, allez, Éclipse repose-toi, un peu. Je viendrai te voir demain matin !

 

             - Ah oui, en parlant de ça...! observa Charles, alors que nous nous dirigions vers la sortie. Si tu comptes le sortir, met le dans le grand corral, les barrières font près de 3m, même lui ne pourra pas les sauter. D’accord, il n’aura pas beaucoup de place, mais, au moins, tu pourra le laisser, sans crainte ! ajouta-t-il en refermant la porte du bâtiment.

 

             - Vous vous donnez du mal ! Éclipse vous donne beaucoup d’inquiétudes, n’est-ce pas ? observai-je, alors que nous marchions dans l’air nocturne.

 

             - Un peu, surtout après son escapade ! Illusion n’est pas un tendre et puis, avec toutes les bêtes sauvages qui traînent dans le coin, les pièges et les ravins, c’est très dangereux comme coin, pour un cheval, ou un humain, “touriste” !

 

             - Ah ! Et c’est pour ça que tu préfère m’accompagner ? me renseignai-je.

 

             - En partie ! Et puis, c’est pour la voir la réaction d’Illusion, au cas où ça tournerait mal ! Tu vois ?

 

             - Oui ! Oui ! répondis-je, alors que nous arrivions dans la cour.

 

             - Bon, il est tard, on ferai mieux d’aller nous...!”

 

            Il s’interrompit lorsqu’un hennissement strident brisa le silence, suivit d’un roulement de sabot.

 

            “- Oh non ! murmura Charles. IL était encore là !

 

             - Illusion ?” insistai-je, devinant le sens du “IL”.

 

            Charles acquiesça.

 

            “Rentre à l’intérieur ! P’pa va s’attendre à ce que tu profite de l’occasion pour essayer de l’approcher ! Alors, dépêche-toi de rentrer ! Moi, j’vais voir s’il n’a pas fait trop de dégât, dans les enclos. Franchement, c’est à croire que ses deux énergumènes (je savais qu’il parlait d’Éclipse et Illusion) concourent à celui qui sautera le plus haut ! Aucune barrière d’enceinte ne l’arrête ! P’pa devait rehausser les barrières, à cause de ton Éclipse, ben, je suis certain, qu’il dira à Tom de le faire, dès demain matin ! Mais...!”

 

            Il s’interrompit, alors que son père sortait en trombe de la maison.

 

            “- Charles ? Cécilia ? Qu’est-ce que vous faites là, tous les deux ?

 

             - Cécilia voulait voir ses chevaux, avant de se coucher, alors je l’ai accompagnée ! expliqua mon cousin.

 

             - Ah ! Vous l’avez aperçu ?

 

             - Non p’pa ! Mais, à l’heure qu’il est, il n’est déjà plus dans le ranch !

 

             - Oui ! Tu as raison ! C’est un démon ce cheval ! Il échappe à la surveillance de mes meilleurs hommes ! En plus, avec sa robe noir, il passe inaperçu dans les pâturages ! grommela mon oncle. Bon, allez vous coucher tous les deux !”

 

* * * * *

 

            “- Illusion était dans le ranch ? s’étonna Léa. Vous l’avez vu ?

 

             - Non ! Mais Charles et son père étaient sûr que c’était lui !”

 

            Dix minutes s’étaient écoulées. J’avait regagnée ma chambre où Léa m’attendait. Assise sur l’appui de la fenêtre, ouverte, j’avais raconté à mon amie ce qui s’était passé, excepté le projet de Charles et moi. L’air frais de la nuit nous portait l’odeur de l’herbe fraîche, et les hennissements étouffés, et les couinements inquiets des juments que mon oncle et ses hommes se pressaient de ramener à l’écurie.

 

            “- Et je suis sûre que c’était lui ! Vu l’état dans lequel se trouve les juments...!

 

             - Ca ne veut rien dire !

 

             - Bon, croit ce que tu veux !

 

             - Tu ferai bien de te coucher, Cécilia ! remarqua mon amie, en changeant de sujet. Demain, on se lève tôt ! Ton oncle est d’accord pour qu’on les accompagne. Et, autre chose. Tu sais que, chaque année, une course est organisée entre les différents ranchs du coin qui oppose leurs champions. Et ton oncle m’a dit qu’elle aurait lieux, à la fin du mois d’août, soit une semaine avant notre départ. Ca serait bien si on pouvait y assister...!

 

             - Oui, c’est vrai ! Bon, allez, je vais me coucher ! lançai-je en descendant de la fenêtre et en fermant les volets. Bonne nuit !” ajoutai-je en me glissant dans les draps tièdes.

 

            Mais je ne m’endormis pas si rapidement que ça. Je passai une grande partie de la nuit, les yeux au plafond, perdue dans mes pensées, à écouter les bruits de la maisonnée endormie, et le “tic-tac” incessant de la grande horloge qui trônait dans l’entrée, et les craquements du bois. Des mouvements, dans la chambre voisine, m’indiquèrent que Leslie n’était pas encore couchée, contrairement à Léa, qui elle, dormait paisiblement. J’avais eu assez de chocs émotionnels pour aujourd’hui.

 

 

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